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  • Vive l'écrit: 2. Le face à face lecteurs-éditeurs

    Lors du congrès européen de la presse, IPSOS Médias et Seprem Etudes & Conseils ont présenté les résultats de deux études réalisées en miroir sous l'intitulé: "Attente des lecteurs, priorité des éditeurs, une confrontation nécessaire" (*)

    Confrontation, le mot sonne juste à la lecture des résultats livrés à Strasbourg.

    L'un des points évoqués dans ces études concerne évidemment la question de la gratuité de la presse, nouvelle donne à laquelle les éditeurs de titres payants sont confrontés que ce soit dans leur offre papier ou leur offre numérique:

    - 53% des lecteurs interrogés pensent pourtant que "demain, toute l'information dont j'ai besoin sera facilement accessible gratuitement que ce soit en presse ou sur internet et cela me suffira"

    - 47 % pensent que "l'information accessible gratuitement ne me suffira pas. C'est dans les journaux, les magazines et les sites internet payants que je continuerai à trouver ce que je cherche."

    Divine surprise pour les éditeurs, 65 % des lecteurs interrogés par Ipsos Médias acceptent la proposition suivante: "Peu importe la publicité et le prix de vente, je choisis d'abord les journaux et les magazines que je lis parce qu'ils me plaisent et que je leur fais confiance."

    Voici quelques autres items pour illustrer ces points de vue souvent divergents:

    Prochain post: La mal info et les nouveaux styles de vie

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  • Une pétition de soutien à Henry-Claude Cousseau

    Dans son édition de jeudi le journal Le Monde revient sur la mise en examen d'Henry-Claude Cousseau, en tant qu'ancien directeur du CAPC de Bordeaux (voir mon précédent post) qui a provoqué une légitime levée de boucliers.

    Artistes, historiens d'art, enseignants, galeristes, conservateurs de musées, chercheurs, critiques s'unissent et lancent un appel intitulé "Nos libertés, nos droits". C'est la critique d'art Catherine Strasser qui a lancé cette pétition le 18 novembre dernier, avec des artistes et des enseignants des Beaux-Arts de Paris Didier Semin et Emmanuel Saulnier, ainsi que François Barré, ancien président du Centre Georges Pompidou.

    VOICI LE TEXTE DE CET APPEL

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  • Vive l'écrit : 1. la marche du business

    medium_Numeriser0007.jpgLe XVe congrès européen de la presse française vient de s'achever à Strasbourg. Son slogan: Vive l'écrit! Alors entre postures défensives, peurs de l'avenir, recherche de nouvelles voies et concurrents émergents, la presse écrite (ici avec toutes ses familles rassemblées: quotidiens nationaux et régionaux, magazines... ) a-t-elle enfin trouvé son salut?

    L'impression générale qui ressort de ces débats strasbourgeois est celle d'une prise de conscience des phénomènes environnants. On a évidemment beaucoup parlé de la "valeur" de l'information tant au niveau de la qualité de l'offre que de sa valorisation payée face à l'autre modèle économique du moment, le gratuit. On aussi beaucoup parlé de la "convergence" ou en tout cas de la manière dont la "marque" d'un média papier traditionnel pouvait se démultiplier sur internet.

    On reste sur le sentiment que la presse française n'a pas encore complètement lancé sa révolution. On croit encore à la force de l'acquis, de l'histoire. Mais on commence à accepter l'idée que cela ne suffira pas pour survivre. Il faut donc "vivre", comme le disait en conclusion le linguiste Alain Rey qui voit dans ce beau verbe l'élan salvateur qui permettra à l'écrit de rebondir.

    Mais trève de littérature, parlons non plus des (saintes) écritures des journalistes, mais des écritures (comptables) de nos financiers.

    La création de la valeur ne serait-elle plus dans l'écrit?

    Et de ce point de vue, l'exposé introductif de Jean-Clément Texier, directeur médias-télécoms de BNP-Paribas, sur les tendances économiques et financières du business presse, a parfaitement planté le décor du drame qui se joue...

    "Notre "médialand" se disloque". La terre tourne encore rond, mais le monde devient plat (Milton Friedmann), "il n'y a plus de frontières, il n'y a plus d'acquis". Et l'avenir de l'information "va appartenir à ceux qui l'organisent" et non plus à ceux qui la diffusent. Autrement dit encore: "Les journaux sont de plus en plus gratuits, mais l'accès à l'information sera de plus en plus payant'". Aujourd'hui, pour ce spécialiste des grandes manoeuvres dans le monde de la finance et de la communication, l'information n'est donc plus ce qu'elle était: on a tendance à lui préférer l'entertainment, les journalistes en ont perdu l'exclusivité (avec les contenus réalisés par les internautes notamment), et les éditeurs tentent de réagir en vendant... des "plus produits". "Vous vendez d'abord des encyclopédies nobles, suggère Jean-Clément Texier, et vous finirez par vendre de la vaisselle". La création de valeur ne serait-elle plus dans l'écrit?

    Les journaux sont devenus des valeurs marchandes qui s'échangent 

    La presse est bien devenue une industrie comme les autres "et les journaux des valeurs marchandes qui s'échangent", n'en déplaise à ceux qui croyaient encore que la noblesse de la pensée et de l'écrit suffisaient à ériger l'entreprise de presse sur un piédestal, telle une sculpture antique montée sur une colonne émergent d'un océan hostile, comme l'ultime ilôt de résistance à l'engloutissement.

    Une note d'espoir toute de même: "Savoir gèrer le déclin peut être profitable". Exemple: Dassault qui se retrouve aujourd'hui en position de '"plus value virtuelle substantielle".

    Les nouveaux entrants: de Bolloré au Crédit Mutuel 

    Et puis attention aux nouveaux entrants qui redistribuent aussi le jeu. Les internationaux d'abord: les Italiens Mondadori (qui rime avec Berlusconi), les Belges de Roularta (L'Express-L'Expansion); les outsiders plus inattendus: Vincent Bolloré en tête: "Ce Breton est un corsaire", "il vient du papier" métaphorise Texier. Un "petit prince du cash-flow" qui a investi 16 % de ses actifs dans la communication à la conquête d'une nouvelle "toison d'or" façon Havas de la grande époque. Autre acteur qui monte en puissance: le Crédit Mutuel. Déjà actionnaire du groupe régional L'Alsace et du Monde, il vient de s'offrir 49 % du nouvel ensemble EBRA (Est-Bourgogne-Rhône Alpes) que Gérard Lignac (patron de l''Est Républicain et des Dernières Nouvelles d'Alsace ) a constitué en rachetant Le Progrès, Le Dauphiné Libéré, Le Bien Public... Quelle sera la suite de cette nouvelle donne à l'Est?

    Et puis, bien sûr, la troisième catégorie d'opérateurs dans cet univers médiatique tumultueux ce sont les fameux fonds d'investissements qui privilégient le modèle "royal", ironise Jean-Clément texier, autrement dit le "R.O.I" (le retour sur investissement).

    En nous laissant méditer sur cet axiome de Ruppert Murdoch - "Ce ne sont plus les plus gros qui battent les plus petits mais ce sont les plus lents qui seront écrasés par les plus rapides", l'expert financier de BNP-Paribas pronostique "des années marquées par le retour en force des actionnaires" mais aussi un regain de poids des "familles", ces actionnaires familiaux qui pourraient représenter le contre-poids nécessaire à ceux qui pensent que "le court-termisme" va gagner.

    Ah, j'ai failli oublié mais Jean-Clément Texier, lui ne les a pas oubliés: les autres nouveux entrants de demain que seront les Indiens, Russes ou Chinois...

    Prochain post: le face à face lecteurs-éditeurs

     

  • Quelle liberté d'expression pour les artistes?

    medium_399632630_L.jpgLa justice française a mis en examen pour "diffusion de messages violents à caractère pornographique ou contraires à la dignité accessibles à un mineur et pour la diffusion de l'image d'un mineur présentant un caractère pornographique", l'ancien directeur du CAPC de Bordeaux qui avait organisé en 2002 une exposition intitulée "Présumés innocents".

    Mais la plainte déposée par l'association La Mouette visait aussi les vingt-cinq artistes ayant participé à cette exposition tels Christian Boltanski, Annette Messager, Cindy Shermann, Nan Goldin ou Mike Kelley.

    La municipalité de Bordeaux et son maire Alain Juppé, présumé innocent bien qu'inquiété (et plus tard condamné) dans le dossier du financement des emplois fictifs de la mairie de Paris), avaient refusé d'inaugurer l'exposition en lisant le catalogue.

    Patrick Berthomeux, dans le quotidien régional de Bordeaux Sud Ouest, relève le 18 novembre dernier:

    "Réfugiés derrière le désormais imparable bouclier du soupçon de pédophilie, les contestataires prêtaient à certains artistes rien moins que des intentions criminelles (...) L'exposition de Bordeaux ne faisait pas dans la guimauve, c'est certain. Les images, les montages et objets qu'elle proposait dépassaient souvent leur apparence anodine pour poser des questions détangeantes, mais aussi évoquer des réalités connues de tous".

    "NOS VIEUX RÊVES DISPARUS"

    Dans le journal L'Humanité, Cyrille Poy écrivait déjà en 200: "C'est la sensibilité personnelle d'Alain Juppé qui est invoquée. Ce dernier avait expliqué au journal Le Monde qu'il s'était fixé "une seule ligne à ne pas dépasser: "L'enface". Certaines images l'auraient heurté, notamment cette "jeune fille nue avec un crâne entre les cuisses". Un dessin de Marlene Dumas et d'Erik Andriesse (...) Peut-être sont-ce les propos de Marlee Dumas, accompagnant le dessin sur le catalogue qui choquèrent l'ancien premier ministre de Jacques Chirac. L'artiste considérant qu'il 'serait plus honnête et plus constructif de considérer les bébés comme des ébauches d'êtres humains, au lieu d'en faire les miroirs de nos vieux rêves disparus. Un bébé présente toutes les facettes de l'humain, et il n'a pas appris à dissimuler le mal".

    La censure ne date pas d'aujourd'hui et l'époque actuelle lui donne une toute nouvelle et troublante vigueur. A Bordeaux aujourd'hui, six ans après l'exposition incriminée mais d'autres faits peuvent être rappelés ici.

    Carpentras, 1995: la municipalité (de droite) annule la présentation de l'installation de Bustalante "Un monde à la fois" au motif qu'un semi-remorque de cinq tonnes dans une chapelle désaffectée se révélait un fait "inconvenant et provocateur"!

    Rabastens, 1998: l'oeuvre de l'atelier Van Lieshout, "Le Bon, la Brute et le Truand" connait un sort identique grâce à la vigilance de l'équipe municipale (socialiste pour le coup). Elle décide de fermer tout simplement l'exposition y voyant "un acte de provocation vis-à-vis des Rabistinois et de la société en général". Une Mercédès équipée d'un canon en bois, ou des concepts comme 'Alcools et médecines" ou "Baiso-Drôme" ont visiblement fait peur à ces élus de gauche un peu osbcurantistes.

    On pourrait citer d'autres faits similaires touchant à l'oeuvre du photographe américain Robert Mappelthorpe par exemple.

    QUE SERAIT UNE SOCIETE SANS ARTISTES?

    Parmi les artistes visés par la plainte de Bordeaux, l'Autrichienne Elke Krystusek dont l'oeuvre évidemment dérangeante a particulièrement marqué les censeurs locaux. medium_Photo_229.2.jpgA croire que ce type d'engagement artistique où l'auteur se met en jeu avec son propre corps, dans son entière liberté de création, d'introspection et de critique du monde ne serait plus acceptable dans un univers sur médiatisé, où l'apologie du corps parfait dans la publicité tourne à la marchandisation de la personne, où la violence s'exprime aussi dans le comportement sexuel - pas uniquement à l'encontre des enfants mais aussi entre adolescents dans les banlieues ou entre adultes plus tard - et où la staracadémisation des jeunes en fait des objets de consommation... n'est-pas là la vraie question. Alors comment refuser que des artistes s'interrogent dans ce monde en mettant en oeuvre(s) ces abîmes qui s'ouvrent dans nos consciences d'humains?

    Un rapport au monde, au sexe et à la violence, que la photographe Cindy Shermann avait parfaitement exprimé dans ses images récentes présentées au Jeu de Paume à Paris dernièrement. medium_sherman6.jpgLes organisateurs avaient pris néanmoins leurs précautions en incitant les visiteurs à ne pas montrer certaines salles à des enfants.

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