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  • L'instant invisible de Lisette Model

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    "J'ai compris que ce qui me fascinait avec la photographie, c'était l'instant. La photographie est un art qui, à la seconde près, révèle des images et des aspects de la vie qui sont quadi invisibles au regard". C'est ainsi que la photographe Lisette Model éfinit son rapport à la photographie. Un travail que le Jeu de Paume vient très heureusement de mettre en lumière lors d'une exposition remarquable qui était proposée depuis février dernier.
    La découverte de Lisette Model fut tardive avec un premier livre rassemblant ses images édité par Aperture seulement en 1979, l'année suivant sa venue aux Rencontres internationales de la photographie d'Arles, invitée d'honneur de Lucien Clergue. Quatre années avant sa disparition.
    Sa démarche de photographe - après une éducation qui fut d'abord musicale, débute pourtant dans les années 30 déjà. Sa "Promenade des Anglais" de 1935...
    LisetteModel5.jpgAlors, en contemplant sa fameuse "Baigneuse de Coney Island", on ne peut être aujourd'hui qu'impressionné par l'acuité de ce regard où, selon l'expression même de Lisette Model, "les gens deviennent égaux à eux-mêmes". Elle livre dans se sphotographie  une humanité à la fois intime et parfois spectaculaire (on pense aussi à ses travestis ou hermaphrodites qui ont notamment été mis en relation par la suite avec le travail de Diane Arbus qui fut son élève).
    Dans sa série d'images de rue à Paris (on peut se référer aussi à Atget et Berenice Abott...) le point de vue presque toujours en contre-plongée n'est pourtant pas agressif. Les personnages se livrent simplement dans l'expression naturelle de leur état.
    La série sur l'Opéra ou la Promenade des Anglais dénote la même distance qui laisse au sujet sa propre expression. Et en même temps, point d'anecdote dans l'image, juste ce cadre qui enserre son sujet, l'étale comme un "all over" qu'illustre la magnifique Baigneuse de Coney Island qui occupe tout son cadre ou ces plans serrés sur deux amoureux qui échangent un regard.
    Cette saturation de l'image, on la retrouve aussi dans la série "Reflections" où le jeu des miroirs et des reflets démultiplie, comme dans un mille-feuille visuel, le réel capturé et lui donne par ces superpositions une nouvelle dimension imaginaire. Fiction de l'instant qui se dédouble, où se mêle le sujet regardé et l'incidence d'une image non contemplée mais qui se convoque dans cet invisible instant. Sorte de caverne platonicienne où les ombres telles des spectres, épiphanies de réalités, transgressent le réel.
    "C'est la surface qui m'intéresse, disait encore Lisette Model. Parce que la surface, est l'intérieur. Chacun possède une façon propre d'exprimer son corps, pas uniquement son visage".
    Autre confession, révélée par l'interview diffusée lors de l'exposition, "C'est le volume qui toujours m'intéresse".
    Se souvient-elle de l'instant où chacune de ses photos a été prise? "Définitivement", répond la photographe, "en prenant une photo, c'est comme si je demandais une question". Il y a parfois une réponse qui est donnée dans l'instant, cet instant "fixé qu'on ne peut pas retenir par le regard et ce doit être un instant important" L'instant qui rèvèle en somme car pense Model "La photographie est l'art de l'instant".
    Dominique Bannwarth



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