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Daniel Gustav Cramer : le temps suspendu

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Il y a une éternité entre ces deux photographies d'un bateau sur le lac Majeur . L'épaisseur du temps semble figer l'image dans cet instant où cette réalité  basculerait du passé au présent, du présent au futur. La lumière, diaphane, estompe ce passage entre ces deux états et créé une sorte d'abîme temporel où se perd la pensée.

Daniel Gustav Cramer opère dans cet interstice du moment intimement relié à la pensée qui se laisse divaguer.

L'écume dessine ainsi une topographie secrète, méandres et remous de sensations soudain fixés par l'instantanné photographique.

Il faut donc plonger dans cet entre-deux et suivre l'itinéraire poétique de l'artiste, balisé par la rectitude inclinée d'une barre métallique posée contre un mur blanc, cette sorte de ponctuation donne son rythme au mouvement de la pensée.

Pour comprendre ce propos, l'espace dépouillé d'une salle simplement habitée par quelques piles de feuillets dactylographiés livre une clef évidente pour pénétrer dans l'univers de l'artiste.

Cramer y raconte une histoire simple centrée sur les pensées, les associations d'idées, les sensations visuelles, sonores, les souvenirs peut-être d'un locuteur dans la solitude d'une chambre d'hôtel.

La lecture de cette sorte de journal, au sens de l'événement relaté dans sa fugitive épiphanie, nous aide à cheminer plus loin dans les pas de Daniel Gustav Cramer.

Le présent ne serait-il qu'une illusion, qu'un possible sans cesse avorté? Mais tendu néanmoins vers sa distorsion, jusqu'à sa disparition?

L'image estompée d'un cylindre de papier refiguré plus loin dans sa masse pétrifiée en béton crée aussi ce mouvement imperceptible vers cet abîme où l'abstraction du réel deviendrait totale.

Comme pour retenir cette possibilité et poser des jalons qui permettrait d'en reconstituer l'apparition, le livre (dont Cramer avait déjà privilégié l'usage dans une précédente exposition présentée par Sandrine Wymann à la Kunsthalle, Salons de lecture) répertorie lettres, chiffres (le calendrier du début), données scientifiques, en contre-point des images et des formes avec lesquelles dialogue ce texte.

Et se reconstitue ainsi l'entité même du propos, comme ces deux globes métalliques inexorable aimantés ou cette structure métallique qui semble s'inscrire comme un dessin au trait dans l'espace de la dernière salle.

On y retrouve les deux images du début si semblables et pourtant déjà différentes...

Dominique Bannwarth

 

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