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Bâle perd la collection Staechelin dont un Gauguin vendu 300 millions de dollars au Qatar

Gauguin, Bâle, Suisse , Staechelin

La collection Staechelin et ses 18 tableaux vedettes de grands maîtres de la peinture, jusqu’alors en dépôt au Kunstmuseum, va quitter Bâle. Au même moment, on apprend qu’une pièce de la collection, « Nafea », de Gauguin, exposée à la Fondation Beyeler, a été vendue pour 300 millions de dollars au Qatar par Ruedi Staechelin…

À quelques jours de l’ouverture de la grande rétrospective Gauguin à la Fondation Beyeler de Riehen, la nouvelle a ébranlé, ce jeudi là, la société bâloise. Ruedi Staechelin, propriétaire de la collection du même nom, a décidé de retirer ses 18 tableaux du Kunstmuseum, où son grand-père Rudolf les avait déposés, en prêt, en 1946. Ces Cézanne, Renoir, Monet, Pissaro et autres Picasso constituaient jusqu’alors les principales attractions du musée, qui sera fermé pour travaux jusqu’en avril 2016.

« Une grande perte, et pour longtemps »

Au même moment, le collectionneur suisse a confirmé la vente d’une toile de Paul Gauguin, Nafea Faa Ipoipo (« Quand te maries-tu ? », 1892). La peinture aurait été achetée par l’émirat du Qatar pour un montant record de 300 millions de dollars, selon plusieurs sources, mais le vendeur bâlois « ne dément pas, ni ne confirme ».

« C’est une grande perte pour notre ville et certainement pour longtemps » , a regretté, hier matin à Riehen, Sam Keller, le directeur de la Fondation Beyeler, en présentant la rétrospective Gauguin qui s’y tient à partir de demain et sur laquelle nous reviendrons dans L’Alsace de demain. On y verra encore Nafea avant que le tableau ne parte pour Madrid, puis Washington, pour finir chez son nouveau propriétaire qatari en janvier 2016.

Ruedi Staechelin explique que sa décision a été motivée par le contentieux qui s’est installé avec les autorités culturelles bâloises, et non le musée. Il concède toutefois que des considérations plus matérielles ont guidé son choix : un marché favorable à ce type de business, dopé par les pétrodollars et la conviction exprimée dans la presse que « d’une certaine manière, c’est triste, mais d’un autre côté, c’est un élément de la vie. Les collections privées sont comme les personnes. Elles ne vivent pas éternellement. »

Les Picasso de 1967

Il justifie encore cette décision par sa volonté de diversifier le patrimoine du Staechelin Family Trust à qui appartient la collection, et qui est constitué à 90 % d’œuvres d’art. Qu’en aurait pensé son grand-père, Rudolf Staechelin (1881-1946), qui avait constitué cette collection au moment de la Première Guerre mondiale ?

L’émoi peut aussi se mesurer à l’aune de la relation de Bâle avec son patrimoine artistique. En 1967, lorsque – déjà – la famille Staechelin avait voulu vendre deux toiles de Picasso, Deux frères et Arlequin assis , les Bâlois avaient décidé de les acheter par une votation populaire. Une souscription publique avait alors permis de collecter 2,4 millions de francs suisses pour que les œuvres restent à demeure… Et Picasso avait offert quatre autres œuvres à Bâle en guise de reconnaissance.

De 1997 à 2002, la collection avait déjà été expatriée au Texas pour protester contre le durcissement de la législation suisse sur les fondations. Mais elle était revenue à Bâle. Qu’en sera-t-il cette fois-ci ?

Pour le président du gouvernement de Bâle, Guy Morin, cette perte ne serait pas « insupportable ». Quant à Ruedi Staechelin, en quête d’un autre musée pour sa collection, il n’exclut pas un retour en Suisse.

Dominique Bannwarth

 

 

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