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Et Malevitch inventa le « Carré noir »

La nouvelle exposition de la Fondation Beyeler à Riehen, « À la recherche de 0,10 – la dernière exposition futuriste de tableaux », célèbre le centenaire de la naissance du suprématisme, inventé à Petrograd en 1915 par Kasimir Malevitch. Un tournant majeur dans l’histoire de l’art moderne.

Le 19 décembre 1915 s’ouvrait, à la galerie de Nadejda E.Dobytchna à Petrograd, une exposition qui fit sensation dans la Russie de l’époque, mais qui trouvera aussi un écho décisif dans l’histoire de l’art moderne et des avant-gardes.   

Sous le titre « À la recherche de 0,10 – la dernière exposition futuriste de tableaux », la fondation Beyeler fête le centenaire de cet événement et du fameux Carré noir de Kasimir Malevitch qui inventa à cette occasion le concept de suprématisme.

Comme la théorie de la relativité d’Einstein

À l’époque, quatorze artistes, dont pour moitié des femmes, présentaient leurs œuvres dans cette exposition baptisée « 0,10 – la dernière exposition futuriste de tableaux ». Outre Malevitch, Vladimir Tatline y affirma aussi sa part de manifeste avec notamment son révolutionnaire C ontre-relief angulaire , sculpture abstraite faite de matériaux de récupération.

Des propositions artistiques « similaires dans leurs répercussions comme le fut la théorie de la relativité d’Einstein », insiste Samuel Keller, directeur de la fondation suisse. L’exposition d’origine entendait faire table rase du cubo-futurisme ambiant, d’où son titre renforcé par le « 0 ». « Quand on part de zéro tout est possible à l’infini », interprète Matthew Drutt, commissaire de l’exposition.

Comme un signal, Carré noir révèle dès lors le caractère prophétique de la pensée artistique de Malevitch. Placé dans l’angle d’une salle d’exposition – « l’angle de Dieu » que la tradition orthodoxe réservait aux icônes – il synthétise cette volonté de dépasser non seulement l’art strictement figuratif, mais aussi le cubo-futurisme, notamment italien.

« Icône de l’art moderne »

Beyeler présente la version de 1929 (il en existe quatre) de cette « icône de l’art moderne ». Malevitch y sacralise les formes simples comme ce carré dont découlent toutes les autres transformations dynamiques (cercle, croix, triangle). « Je me suis transformé en zéro des formes et j’ai dépassé le 0 pour atteindre le 1. Selon moi, le cubo-futurisme a accompli sa tâche ; je passe donc au suprématisme, au nouveau réalisme pictural, à la création non figurative » , écrivait Malevitch dans le manifeste publié dès janvier 1915.

Des propos à mettre en rapport avec l’ambiance de l’époque dans l’avant-garde russe, marquée par l’opposition entre Moscou et Petrograd, et dont l’exposition « 0,10 » témoigna du caractère passionné. Des artistes qui décrochaient les tableaux des autres, des toiles de Malevitch arrivant encore humides ( Carré noir est la troisième couche de couleur de la toile pas encore séchée). Ou encore Vladimir Tatline et ses reliefs muraux bricolés sur place…

« Tatline était un ingénieur », note Matthew Dutt, il explorait cette « idée de l’éphémère […], du courant de la vie des choses qui se construisent puis se détruisent ».

L’exposition chez Beyeler ne reconstitue pas à l’identique celle de 1915, mais rassemble une soixantaine d’œuvres, permettant également de mettre en regard des deux « leaders » que furent Malevitch et Tatline des artistes comme Olga Rozanova, Lioubov Popova, Nadejda Oudaltsova, Jean Pougny, Mikhaïl Menkov et Ivan Klioune.

Une nouvelle fois, la fondation bâloise réalise une belle performance muséographique, certes moins « grand public » que Gauguin, mais magnifiquement pertinente.

 

Dominique BANNWARTH

Y ALLER Fondation Beyeler, à Riehen, à côté de Bâle, jusqu’au 4 janvier. Renseignements : www.fondationbeyeler.ch

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