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  • La mauvaise plaisanterie belge

    Orson Welles a fait des émules à la RTBF, la télévision belge qui a semé le trouble dans l'opinion publique avec son canular de mercredi dernier. L'interruption des programmes par une édition spéciale annonçant la déclaration d'indépendance de la Flandre, la fuite du roi et la partition de la Belgique a surpris tout le monde (sauf ceux qui étaient prévenus). Le faux JT et ses envoyés spéciaux et quelques invités connus ont suffi pour laisser croire pendant quelques minutes tout de même qu'il s'agissait bien de l'événement du siècle au pays de Tintin.

    Bien sûr tout cela n'était qu'une info-fiction parfaitement menée et parfaitement cautionnée par la direction de la RTBF. Au-delà des commentaires et des réactions virulentes que cette forme de journalisme a provoqué on peut se souvenir que l'invasion des Etats-Unis par des extra-terrestres avait déjà été annoncée avec le même type d'impact par Orson Welles à la radio il y a bien longtemps déjà., s'inspirant du roman La Guerre des Mondes. Le hasard télévisuel fait qu'un remake du film portant le même titre était diffusé jeudi soir sur une chaîne française...

    Cette manière de provoquer le débat - puisque c'est ainsi que la RTBF a justifié son canular - est-elle journalistiquement parlant défendable? Car c'est bien l'équipe rédactionnelle de la RTBF avec son présentateur vedette du JT quotidien qui a servi la farce et non des comédiens interprétant une fiction. Alors, peut-on ainsi journalistiquement parlant, prêcher le faux pour provoquer le vrai (les réactions d'un pays sur la question de la partition linguistique dans le cas présent)?

    Les docu-fictions se multiplient: on nous a refait le coup de la tempête, on nous a joué le drame des automobilistes bloqués sur l'autoroute par la neige, en mélangeant allégrement le vrai-faux reportage, des images d'actualités et des acteurs efficaces et crédibles.

    A trop vouloir jouer avec ces principes on risque fort de faire passer le journal de PPDA comme le dernier épisode de "Tintin au Congo"

    Bien sûr, au bout de quelques minutes le journaliste a annoncé que tout cela n'était qu'une fiction comme cela avait d'ailleurs été fait tout en début de séquence. Mais les téléspectateurs - à en croire les réactions évoquées par les médias le lendemain - ont cru à cette histoire belge assez longtemps pour trouver qu'elle était de mauvais goût dès lors qu'ils ont compris qu'ils étaient tombés dans le panneau...

     

     

     

  • Vive l'écrit: 3. La "mal info" et les nouveaux média-consommateurs

    La "mal info": Denis Muzet, directeur de Médiascopie auteur du livre portant ce même titre provocateur, a explicité ce concept au parterre d'éditeurs de presse en congrès à Strasbourg. L'évidente parenté avec la "mal bouffe" dont on alimente volontiers la problématique de la qualité de ce que nous trouvons dans nos assiettes et nos cuisines, nous renvoie donc aux catégories détestables et forcément mauvaises pour la santé de nos titres et de nos lecteurs!

    FAST NEWS, BAD NEWS! 

    Vite dit, quand même... Car si derrière cette expression qui fait mouche se cachent en effet les fast news qui seraient à la presse ce que le hamburger est à la gastronomie, nous n'avons de loin pas encore atteint l'indigestion en consommant l'info étiquetée fast food que nous livrent chaque matin (restons en France), 20 minutes ou Métro et quelques autres quotidiens d'informations gratuits (dont ceux édités par des journaux régionaux) qui n'hésitent pas au contraire à revendiquer le qualificatif de "plus" alors qu'il y en aurait moins (de l'info, bien entendu).

    Mais laissons Denis Muzet développer sa théorie. En posant tout d'abord ce constat, qui s'apparente à une forme de diagnostic de l'état de santé d'un lecteur rendu au rôle de patient, victime soudain d'une nouvelle maladie du siècle naissant: les médias sont confrontés, nous suggère Muzet, à de nouvelles attentes qui nécessitent une nouvelle forme de veille face à un flot ininterrompu d'informations en continu qui déferle sans qu'on le réclame fatalement. A la réception de cette houle d'infos, le "média-consommateur" mémorise des titres, des bribes éparses et successives, des messages partiels, aux formats brefs, comme autant de "flashes" qui le mettent dans un état second: approximation des paramètres de l'information, "paupérisation du sens" ose même Denis Muzet, qui en déduit qu'"à force de consommer du fast news, le média-consommateur souffre de mal info".

    C'est grave docteur? Rassurons-nous, le remède suit le scanner critique et s'affiche avec sûreté et conviction:

    1. Pratiquer une forme de "jeûne médiatique"
    2. Se tourner vers des "médias d'approfondissement"
    3. Consommer des médias "jardin-terrasse"
    4. Participer à la co-production de l'information.

    Une fois qu'on a dit cela, rien n'est réglé. Car face à ces ripostes proposés à l'individu-lecteur-consommateur, la tentation du "multimédia" -cette sollicitation polymorphe et perverse qui de gratuit en internet, de blogs en Yahoo actu ou Wikio, en passant par l'autoradio ou le podcast, l'alerte et la vidéo sur téléphone mobile - sort ses armes et la rechute menace! Et le lecteur n'arrive pas toujours à reconstituer sereinement le puzzle de l'info entre "médias verticaux" (TV, radio, presse) et "médias horizontaux" (internet).

    L'INFO SUR LE MODE CONVERSATIONNEL 

    Cette multi-consommation tourne au café du commerce planétaire (salut Mc Luhan!) et a fait apparaître cette nouvelle info sur le mode conversationnel. L'immédiateté, l'accès permanent (n'importe où , n'importe quand) renforce la tension qu'exerce ce vacarme médiatique sur la psychologie de notre média-consommateur : s'il rate une alerte, entre deux SMS à sa femme qui fait les courses, le voici déjà semé par l'actu... mais Denis Muzet y voit - plus sérieusement - aussi, à travers cette tension permanente suspendue à l'alerte info, le moteur d'un climat de peur qui rend finalement cette info anxiogène. Nous assistons à "la mise en concurrence des médias par un lecteur qui perd confiance et s'éparpille", résume le responsable de Médiascopie.

    Du coup, dans ce contexte de perversion du langage médiatique le malaise s'installe, le citoyen-consommateur se rebelle et "se réapproprie l'info pour donner du sens au monde". "Son" média se nourrit d'interactivité et d'esprit contributif, prêt à court-circuiter le réseau officiel des médias "pros".

    Avec tout ça, nos bons vieux médias et la presse écrite en particulier peuvent-ils encore redresser la tendance?

    DU JARDIN A LA TERRASSE 

    Denis Muzet mise lui sur "l'opportunité de l'approfondissement et de la mise en perspective" de l'information, vertu à redécouvrir par la presse et ses journalistes. Parallèlement, une autre manière de réagir consiste à cultiver son jardin, du moins, selon l'expression du directeur de Médiascopie, les supports thématiques joliment baptisés "jardin-terrasse": c'est dans son jardin qu'on se retrouve dans un univers et des centres d'intérêt familiers; c'est sur sa terrasse qu'on peut prendre de la hauteur pour considérer et essayer de mieux comprendre le monde...  Et de croire qu'il y a un métier à poursuivre entre le traitement court et rapide sur le web, le développement plus long sur le papier, sans omettre une bonne doser d'interactivité et de "connivence" avec ses lecteurs-internautes, dimension de la relation avec son lecteur devenue impérative!

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