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Election présidentielle 2007

  • Vous avez dit désir?

    Dernier  hoquet en date de la campagne, celui de Michel Rocard appelant - dès le premier tour - à une sorte d'union sacrée de principe Royal-Bayrou pour faire front à l'axe Sarkozy-Le Pen dans une interview au journal Le Monde. Souvenons-nous au passage que ce dernier avait été mandaté par la candidate du PS pour rédiger un rapport sur "les enjeux numériques", intitulé "République 2.0 Vers une société de la connaissance ouverte".

    Beaucoup d'observateurs, mais encore plus de simples électeurs, n'y retrouvent plus leur latin politique traditionnel dans cette messe qui soudain paraît loin d'être dite même si les pithies sondagières se piquent de lancer leurs oracles médiatiques.

    A tel point qu'ils risquent de se retrouver à voter par défaut, par souci de contrecarrer la tendance des affichages statistiques partiels des instituts de sondage, pour un candidat pour lequel ils n'ont aucun "désir". Une manière d'aboutissement logique du désamour des Français pour la politique.
    Cet absence de désir, évoquée ce soir sur l'antenne de France Inter par le philosophe Bernard Stiegler, contraste tristement ( eh oui, la chair est triste!) avec les "Désirs d'avenirs" markettés par Ségolène Royal.

    INTERNET: UN EVENEMENT IMPORTANT, EN POLITIQUE AUSSI 

    Stiegler oppose à ce désir absent, l'omniprésence de la "pulsion", qui se travestit dans tous les simulacres télévisuels notamment. Qu'on n'imagine pas pour autant qu'il rejette la société de la communication dans son ensemble. Et notamment pas internet dont il perçoit le caractère important dans l'évolution des modes relationnels et culturels dans le monde d'aujourd'hui. Particulièrement dans sa dimension participative remettant en jeu l'idée de démocratie, ec qui rapportée au débat présidentiel actuel est ainsi formulée par le philosophe: "Je pense qu’Internet va transformer très profondément la vie politique. Je crois que ça va conduire à une participativité, à une implication, à une contribution des gens beaucoup plus grande dans la vie politique et c'est une très bonne nouvelle. Il s’est produit une coupure pendant les dernières décennies du fait des médias de masse qui ont produit des courts-circuits dans l'individuation collective, à travers le fait que la radio et la télévision, les médias se sont substitués aux appareils démocratiques (ce que j'appelle la télécratie). Internet permet d'imaginer une relance de la démocratie. Ce peut être aussi un outil de manipulation beaucoup plus fort aussi."

    Plus qu'une évolution, une révolution à l'image de l'invention de Gutenberg ainsi que le suggère Stiegler en affirmant que "Si on considère l'informatique comme une nouvelle écriture, la mise en réseau des ordinateurs individuels sur le web correspond à un événement de même portée que l'invention de l'imprimerie". Avec un sacré enjeu à la clef: "L'accès aux textes, aux images, aux sons, à toute la mémoire matérialisée de notre civilisation fait surgir la même possibilité neuve: celle que chacun d'entre nous puisse accéder à ce fonds directement, sans passer par ces intermédiaires obligés que sont aujourd'hui les médias, les chaînes de télévision, les détenteurs du savoir... "

    "LA SORTIE DU MODELE"

    Au-delà de la seule cyber-révolution, l'émergence du web 2.0 inspire aussi Stiegler: "La grande nouveauté réside dans le fait que le destinataire n'est plus seulement passif sous la sujetion des médias, il est média lui-même, qui créé sa propre information. Internet, en ce sens, permet d'envisager la sortie du modèle (...) dans lequel le producteur délivre quelque chose d'en haut à des individus qui se contentent de l'absorber, et l'entrée dans un autre système, s'autoproduisant en permanence".

  • Que disent au fond les sondages?

    Que disent au fond les sondages? C'est un peu la question que soulève l'analyse de l'IRM, l'Institut de Recherche en Macropolitique animé par Jean-Marc Jouffroy qui répond à sa manière que le mieux placé des candidats au fauteuil élyséen ne rassemblerait au final mathématique que 8 % des suffrages. Du moins en se référant "aux certitudes de vote par rapport à l'ensemble de la population". En d'autres termes, l'animateur de l'IRM traduit aussi cette lecture des chiffres par une formule ironique: "l'impopularité latente de notre futur président de la république".

  • Quand les candidats se plantent

    En journalisme il existe un principe désigné par le terme "droit de suite". Il consiste, pour celui qui pense que ce métier requiert encore quelque rigueur, à revenir à la charge sur un sujet déjà traité pour vérifier si tout cela colle vraiment ou si les réponses obtenues aux questions posées correspondent bien à la réalité.

    Le journal Le Monde a dernièrement repris ce principe pour épingler les candidats passés dans l'émission de TF1 "j'ai une question à vous poser".

    L'exercice confirme que souvent le discours politicien ne s'embarrasse pas de précision et surfe allégrement sur la vague de l'à peu près ou de l'intox.

    Quelques exemples cités dans l'article du Monde, déclinés par candidat à l'Elysée:

    Sarkozy pour commencer, qui affirme que la moitié des Français touchent le SMIC. Perdu! Selon Eurostat, rapporte Le Monde, près de la moitié des Français perçoivent 1484 euros par mois et seulement 15,6 des salariés gagnent le SMIC à plein temps.

    Même plantage su re prix du baril de pétrole: le record historique du baril s'établit à 77,25 dollars, le 13 juillet 2006. Sarkozy joue la surrenchère quand il affirme: "Lorsque j'étais ministre des Finances, le Brent était à 42 dollars le baril, c'est monté jusqu'à 90, c'est redescendu".

    Fâché avec les chiffres, l'ancien locataire de Bercy, l'est aussi avec les dates: quand il évoque l'inflation: "Il y a 40 ans, on empruntait à 18 % et il y avait une inflation à 24". Faux! Il y a 40 ans, on était donc en 1967, l'inflation était de 2,7 % seulement. C'est en 1974 (choc pétrolier!) avec 13,7 % et en 1980 avec 13,6 % que l'inflation bat ses records et donc que le différentiel avec les taux d'emprunt joue de son effet positif.

    Bon d'accord, c'est du direct et du "sans fiches" genre "je vous regarde dans les yeux et je vous dis ce que je crois savoir", mais quand même ce sont là des repères classiques de l'histoire économique hexagonale qu'un ancien ministre des Finances devrait parfaitement maîtriser.

    Pour respecter l'ordre juste, passons à Ségolène Royal, qui n'est pas en reste dans "l'inexactitude" tout en ayant fait preuve d'une grande 'bravitude" lors de son passage d'examen participatif télévisuel.

    Sur la question du salaire minimum, elle ne fait guère mieux que son adversaire UMP quand elle lance que "notre salaire minimum est l'un des plus bas, notamment par rapport aux pays du Nord". Plantée! Le salaire minimum français (1254 euros mensuels brut) est au contraire l'un des plus élevés d'Europe après le Luxembourg, L'irlande et la Belgique. Quant aux pays du Nord, Suède et Finlande, il n'y a tout simplement pas de salaire minimum!

    Comme quoi, on a beau avoir fait l'ENA, on peut tout de même être fâchée avec le calcul. Quand la candidate socialiste dit que la revalorisation de 5% des minimum vieillesse mettrait immédiatement 50 euros de plus dans la tirelire de nos anciens chaque mois, elle se trompe. 5% de 625 euros, cela fait 31 euros! Elle sert à quoi la calculette?

    Bon, ça suffit, arrêtons le massacre! On peut se dire que quand les discours plus classiques sont préparés toutes ces données sont vérifiées par une cohorte de conseillers experts et vigilants et que finalement c'est l'épreuve médiatique qui dans ce cas a troublé la bonne intelligence de nos candidats... Et que dans ce spectacle politique, l'animateur de la soirée (un journaliste nommé PPDA qui a plutôt l'air de s'emmerder) ne sert pas non à rectifier en direct ce genre d'erreurs et d'approximation..

     

     

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