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  • Meyerowitz: la lumière de l'instant

    medium_MEYER2.JPG"Photographers deal with things that are always disappearing", remarquait Joël Meyerowitz dès 1979 dans un entretien avec Bruce K.MacDonald en préambule à son livre Cape Light. Ce rapport à la disparition - ou à son stade préliminaire de l'apparition - nourrit évidemment le travail photographique de Meyerowitz actuellement présenté à l'Hôtel de Sully par le Jeu de Paume.

    Le passage du noir et blanc à la couleur, du film 400 asa aux 25 asa, puis du 24 x 36 Leica à la chambre Deardoff 8 X 10 inches marquent autant de jalons techniques dans cette démarche qu'il ne faut pourtant surtout pas réduire à une pure esthétique de la couleur maîtrisée.

    D'abord parce Meyerowitz ne s'est pas contenté de beaux paysages américains type Cape Code et de belles lumières de soleil couchant sur le Pacifique. Il a aussi, en glissant ses pas dans ceux d'un Cartier-Bresson ou d'un Robert Franck, traqué la poésie instantannée du quotidien, ces "instants décisifs" où l'oeil du photographe choisit son cadre au 1000e de seconde et y enferme un bout d'une réalité déjà disparue.medium_MEYER6.JPG Vaine tentative de fixer le réel dans un moment d'éternité... "Voir le monde révéler ses mystères en une infime fraction de seconde", suggère le photographe.

    Ensuite parce que son travail renvoie manifestemment aussi à la peinture, grande aînée d'une photographie qu'elle considérait pourtant comme sacrilège et marchande à ses débuts. L'inscription picturale de Meyerowitz se dessine dans ses perspectives, son utilisation de la profondeur de champ, la géométrie physique de ses personnages installés sur la scène du monde comme les figurants d'une pose vernaculaire.medium_MEYER4.JPG

    Il s'affirme aussi dans ces années 70 comme l'un des premiers à affronter la problématique de la couleur non pas comme le luxe nouveau d'une technique photographique mais bien comme un élément stimulant d'un nouveau langage en train de se créer, en quête du sens de la couleur. "Je voulais que tous les éléments informatifs, proches ou lointains, retiennent également l'intérêt, et que la couleur fasse partie de la scène", résume Meyerowitz.

    Aux scènes de rue, façon snap shot, Meyerowitz ajoute un autre regard sur les paysages américains, naturels ou urbains, de Cape Code à l'Arche de Saint Louis, en passant par l'intéressante série sur l'Empire State Building de New York, présentée à l'Hôtel de Sully, où pointe également la posture critique de l'artiste sur la société américaine.medium_MEYER5.JPG

    Sous ses aspects paisibles, cette fausse quiétude d'une piscine californienne qu'un Hockney a aussi réinventé à sa manière, cette esthétique parfaite et séduisante, point malgré tout quelque chose d'essentiel qui engage aussi le photographe au coeur de son travail: l'émotion. Celle d'un intérieur, où l'encadrement d'une porte libère une magnifique lumière, celle des corps tels des épiphanies au coeur d'une scène mondaine, ou plus intime d'une nudité qui comme un paysage intime libère toute sa sensualité.

     

    Exposition Joël Meyerowitz Out of the Ordinary, photographies 1970-1980

    Jusqu'au 14 janvier Hôtel de Sully à Paris.

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