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  • Une pétition de soutien à Henry-Claude Cousseau

    Dans son édition de jeudi le journal Le Monde revient sur la mise en examen d'Henry-Claude Cousseau, en tant qu'ancien directeur du CAPC de Bordeaux (voir mon précédent post) qui a provoqué une légitime levée de boucliers.

    Artistes, historiens d'art, enseignants, galeristes, conservateurs de musées, chercheurs, critiques s'unissent et lancent un appel intitulé "Nos libertés, nos droits". C'est la critique d'art Catherine Strasser qui a lancé cette pétition le 18 novembre dernier, avec des artistes et des enseignants des Beaux-Arts de Paris Didier Semin et Emmanuel Saulnier, ainsi que François Barré, ancien président du Centre Georges Pompidou.

    VOICI LE TEXTE DE CET APPEL

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  • Quelle liberté d'expression pour les artistes?

    medium_399632630_L.jpgLa justice française a mis en examen pour "diffusion de messages violents à caractère pornographique ou contraires à la dignité accessibles à un mineur et pour la diffusion de l'image d'un mineur présentant un caractère pornographique", l'ancien directeur du CAPC de Bordeaux qui avait organisé en 2002 une exposition intitulée "Présumés innocents".

    Mais la plainte déposée par l'association La Mouette visait aussi les vingt-cinq artistes ayant participé à cette exposition tels Christian Boltanski, Annette Messager, Cindy Shermann, Nan Goldin ou Mike Kelley.

    La municipalité de Bordeaux et son maire Alain Juppé, présumé innocent bien qu'inquiété (et plus tard condamné) dans le dossier du financement des emplois fictifs de la mairie de Paris), avaient refusé d'inaugurer l'exposition en lisant le catalogue.

    Patrick Berthomeux, dans le quotidien régional de Bordeaux Sud Ouest, relève le 18 novembre dernier:

    "Réfugiés derrière le désormais imparable bouclier du soupçon de pédophilie, les contestataires prêtaient à certains artistes rien moins que des intentions criminelles (...) L'exposition de Bordeaux ne faisait pas dans la guimauve, c'est certain. Les images, les montages et objets qu'elle proposait dépassaient souvent leur apparence anodine pour poser des questions détangeantes, mais aussi évoquer des réalités connues de tous".

    "NOS VIEUX RÊVES DISPARUS"

    Dans le journal L'Humanité, Cyrille Poy écrivait déjà en 200: "C'est la sensibilité personnelle d'Alain Juppé qui est invoquée. Ce dernier avait expliqué au journal Le Monde qu'il s'était fixé "une seule ligne à ne pas dépasser: "L'enface". Certaines images l'auraient heurté, notamment cette "jeune fille nue avec un crâne entre les cuisses". Un dessin de Marlene Dumas et d'Erik Andriesse (...) Peut-être sont-ce les propos de Marlee Dumas, accompagnant le dessin sur le catalogue qui choquèrent l'ancien premier ministre de Jacques Chirac. L'artiste considérant qu'il 'serait plus honnête et plus constructif de considérer les bébés comme des ébauches d'êtres humains, au lieu d'en faire les miroirs de nos vieux rêves disparus. Un bébé présente toutes les facettes de l'humain, et il n'a pas appris à dissimuler le mal".

    La censure ne date pas d'aujourd'hui et l'époque actuelle lui donne une toute nouvelle et troublante vigueur. A Bordeaux aujourd'hui, six ans après l'exposition incriminée mais d'autres faits peuvent être rappelés ici.

    Carpentras, 1995: la municipalité (de droite) annule la présentation de l'installation de Bustalante "Un monde à la fois" au motif qu'un semi-remorque de cinq tonnes dans une chapelle désaffectée se révélait un fait "inconvenant et provocateur"!

    Rabastens, 1998: l'oeuvre de l'atelier Van Lieshout, "Le Bon, la Brute et le Truand" connait un sort identique grâce à la vigilance de l'équipe municipale (socialiste pour le coup). Elle décide de fermer tout simplement l'exposition y voyant "un acte de provocation vis-à-vis des Rabistinois et de la société en général". Une Mercédès équipée d'un canon en bois, ou des concepts comme 'Alcools et médecines" ou "Baiso-Drôme" ont visiblement fait peur à ces élus de gauche un peu osbcurantistes.

    On pourrait citer d'autres faits similaires touchant à l'oeuvre du photographe américain Robert Mappelthorpe par exemple.

    QUE SERAIT UNE SOCIETE SANS ARTISTES?

    Parmi les artistes visés par la plainte de Bordeaux, l'Autrichienne Elke Krystusek dont l'oeuvre évidemment dérangeante a particulièrement marqué les censeurs locaux. medium_Photo_229.2.jpgA croire que ce type d'engagement artistique où l'auteur se met en jeu avec son propre corps, dans son entière liberté de création, d'introspection et de critique du monde ne serait plus acceptable dans un univers sur médiatisé, où l'apologie du corps parfait dans la publicité tourne à la marchandisation de la personne, où la violence s'exprime aussi dans le comportement sexuel - pas uniquement à l'encontre des enfants mais aussi entre adolescents dans les banlieues ou entre adultes plus tard - et où la staracadémisation des jeunes en fait des objets de consommation... n'est-pas là la vraie question. Alors comment refuser que des artistes s'interrogent dans ce monde en mettant en oeuvre(s) ces abîmes qui s'ouvrent dans nos consciences d'humains?

    Un rapport au monde, au sexe et à la violence, que la photographe Cindy Shermann avait parfaitement exprimé dans ses images récentes présentées au Jeu de Paume à Paris dernièrement. medium_sherman6.jpgLes organisateurs avaient pris néanmoins leurs précautions en incitant les visiteurs à ne pas montrer certaines salles à des enfants.

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