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désir

  • Vous avez dit désir?

    Dernier  hoquet en date de la campagne, celui de Michel Rocard appelant - dès le premier tour - à une sorte d'union sacrée de principe Royal-Bayrou pour faire front à l'axe Sarkozy-Le Pen dans une interview au journal Le Monde. Souvenons-nous au passage que ce dernier avait été mandaté par la candidate du PS pour rédiger un rapport sur "les enjeux numériques", intitulé "République 2.0 Vers une société de la connaissance ouverte".

    Beaucoup d'observateurs, mais encore plus de simples électeurs, n'y retrouvent plus leur latin politique traditionnel dans cette messe qui soudain paraît loin d'être dite même si les pithies sondagières se piquent de lancer leurs oracles médiatiques.

    A tel point qu'ils risquent de se retrouver à voter par défaut, par souci de contrecarrer la tendance des affichages statistiques partiels des instituts de sondage, pour un candidat pour lequel ils n'ont aucun "désir". Une manière d'aboutissement logique du désamour des Français pour la politique.
    Cet absence de désir, évoquée ce soir sur l'antenne de France Inter par le philosophe Bernard Stiegler, contraste tristement ( eh oui, la chair est triste!) avec les "Désirs d'avenirs" markettés par Ségolène Royal.

    INTERNET: UN EVENEMENT IMPORTANT, EN POLITIQUE AUSSI 

    Stiegler oppose à ce désir absent, l'omniprésence de la "pulsion", qui se travestit dans tous les simulacres télévisuels notamment. Qu'on n'imagine pas pour autant qu'il rejette la société de la communication dans son ensemble. Et notamment pas internet dont il perçoit le caractère important dans l'évolution des modes relationnels et culturels dans le monde d'aujourd'hui. Particulièrement dans sa dimension participative remettant en jeu l'idée de démocratie, ec qui rapportée au débat présidentiel actuel est ainsi formulée par le philosophe: "Je pense qu’Internet va transformer très profondément la vie politique. Je crois que ça va conduire à une participativité, à une implication, à une contribution des gens beaucoup plus grande dans la vie politique et c'est une très bonne nouvelle. Il s’est produit une coupure pendant les dernières décennies du fait des médias de masse qui ont produit des courts-circuits dans l'individuation collective, à travers le fait que la radio et la télévision, les médias se sont substitués aux appareils démocratiques (ce que j'appelle la télécratie). Internet permet d'imaginer une relance de la démocratie. Ce peut être aussi un outil de manipulation beaucoup plus fort aussi."

    Plus qu'une évolution, une révolution à l'image de l'invention de Gutenberg ainsi que le suggère Stiegler en affirmant que "Si on considère l'informatique comme une nouvelle écriture, la mise en réseau des ordinateurs individuels sur le web correspond à un événement de même portée que l'invention de l'imprimerie". Avec un sacré enjeu à la clef: "L'accès aux textes, aux images, aux sons, à toute la mémoire matérialisée de notre civilisation fait surgir la même possibilité neuve: celle que chacun d'entre nous puisse accéder à ce fonds directement, sans passer par ces intermédiaires obligés que sont aujourd'hui les médias, les chaînes de télévision, les détenteurs du savoir... "

    "LA SORTIE DU MODELE"

    Au-delà de la seule cyber-révolution, l'émergence du web 2.0 inspire aussi Stiegler: "La grande nouveauté réside dans le fait que le destinataire n'est plus seulement passif sous la sujetion des médias, il est média lui-même, qui créé sa propre information. Internet, en ce sens, permet d'envisager la sortie du modèle (...) dans lequel le producteur délivre quelque chose d'en haut à des individus qui se contentent de l'absorber, et l'entrée dans un autre système, s'autoproduisant en permanence".

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