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ready-made

  • De l'art et du cochon

    medium_Spoerri0010.JPGLa justice va-t-elle enfin trancher ce débat lancinant sur la fin de l'art? En tout cas trois affaires portées devant les tribunaux viennent une nouvelle fois nourrir ce débat initié par les ready-made de Duchamp (voir Libération du 30-31 décembre 2006)

    En 2005, la Cour de Cassation avait jugé que le Suisse Daniel Spoerri n'était pas "l'auteur effectif" d'une oeuvre intitulée "Mon petit déjeuner, 1972". Fidèle à sa pratique, Spoerri avait en effet demandé à ses invités, lors d'une exposition à Paris, de réaliser ses fameux "tableaux-pièges" figeant l'état d'une tablée en position verticale et l'érigeant au rang d'oeuvre d'art. Ce type d'oeuvres avaient été présentées lors d'une rétrospective Spoerri à Mulhouse en juin 2004 (voir la photo ci-contre, un gâteau réalisé par un ami pâtissier de l'artiste suisse et copiant à son tour sous forme comestible et sucrée un de ces "tableaux-pièges" gourmands!).

    Le tableau "Mon petit déjeuner" avait été réalisé par un enfant de 11 ans à l'époque, et Spoerri lui avait simplement décerné son "brevet de garantie". Mais un acheteur qui a acquis cette oeuvre dans une vente aux enchères a par la suite estimé avoir été trompé et a poursuivi le commissaire-priseur.

    medium_Spoerri0012.JPGBien que débouté par la Cour d'appel, le plaignant a vu la Cour de Cassation casser cet arrêt et annuler la vente. Le tableau a été remis en vente depuis et revendu pour quatre fois son prix! Au dos de "Mon petit déjeuner", Daniel Spoerri avait malicieusement noté: "Ne prenez pas mes tableaux-pièges pour des oeuvres d'art, c'est une information, un provocation".

    La photographe Bettina Rheims a utilisé l'inscription "paradis" au-dessus d'une porte d'un asile psychiatrique. Ce faisant, son oeuvre représentant deux femmes a utilisé une partie d'une autre oeuvre, l'artiste Jakob Gautel. Ce dernier y voyant une "contrefaçon" de son travail.

    Casser à coups de marteau une copie de "Fountain" le fameux pissoir de Duchamp, c'est pas bien! En tout cas ¨Pierre Pinoncelli a été condamné à verser 200 000 euros au Musée national d'Art moderne pour avoir osé ce geste voulu lui aussi artistique.

    Dans ces trois cas c'est l'utilisation d'éléments existants réalisés par d'autres qui jette le soupçon sur l'authenticité de l'acte artistique. Libération s'auto-citant rappelle l'attaque en règle de Baudrillard contre un art contemporain qu'il accusait de "s'approprier la banalité, le déchet, la médiocrité comme valeur et idélologie". Sous-entendu, tout cela est "nul".

    C'est tout l'art conceptuel qui est ainsi remis sur la sellette et passant la notion même d'oeuvre artistique et de droit d'auteur. Une controverse que Libération illustre de fort pertinente manière en donnant lnotamment a parole à Bernard Edelmann, avocat et philosophe qui considère que "comme en pub, l'idée doit faire vendre" ou encore que "l'art contemporain reprend à son compte le fait que tout individu est artiste parce que le marché le lui permet". Il défend Bettina Rheims dans l'affaire citée plus haut.

    A l'inverse, Agnès Tricoire, avocate de Jakob Gautel, également interrogée par ce journal, estime au contraire que "le droit doit englober l'art de son temps et donc le droit d'auteur. "La querelle de l'art contemporain initiée en 1997 par Jean Clair, Jean-Philippe Domecq et Jean Baudrillard est aujourd'hui relayée par certains juristes, estime Agnès Tricoire dans Libération, Dans le même temps renaît de ses cendres un vieux mouvement populiste et réactionnaire qui voudrait que les artistes soient "sages" et leurs oeuvres "édifiantes" ou "divertissantes"."

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