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  • Quel statut pour les journalistes?

    Dernier point abordé par le rapport du sénat sur l'avenir de la presse, celui concernant les journalistes. Le sénat préconise en résumé de "conforter le statut des journalistes". Selon deux axes de réflexion et d'action:

    • intégrer des chartes d'éthique et de déontologie des journalistes au sein des textes régissant la profession et notamment de la convention collective des journalistes professionnels. Plus que symbolique, cette avancée viserait à redonner aux journalistes un garde-fou opposable et par là-même un nouvel espace d'indépendance cautionné par des valeurs librement acceptées qu'on s'impose de respecter. La liberté du journaliste en sera-t-elle plus accomplie? La qualité de l'information en bénéfiera-t-elle?
    • garantir la protection des sources dans le droit positif français. "Il convient ainsi de préciser qu'il ne pourra être porté atteinte au droit des journalistes à la protection de leurs sources d'information qu'à titre exceptionnel et lorsque la nature de l'infraction, sa particulière gravité, le justifient. Il paraît également nécessaire d'étendre au domicile des journalistes les règles spécifiques applicables aux perquisitions effectuées dans une entreprise de presse, protégeant ainsi le travail des nombreux journalistes indépendants et free-lance." indique le rapport.

    DANS QUEL CONTEXTE?

    Au-delà des pratiques individuelles et des codes déontologiques gravés dans les tables du sacro-saint statut, l'évolution du métier, les changements de postures des professionnels de la profession, les grandes mutations intervenues dans leur environnement et notamment parmi leur(s) public(s), lui aussi dans une nouvelle posture face à l'information et ceux qui la font, on peut s'interroger aussi sur le contexte des entreprises de presse aujourd'hui où ne règne pas toujours un climat serein et libéré de toute contrainte, économique notamment.

    Le sénat n'a pas manqué dans son rapport de relever aussi ces paramètres contextuels. Relevant "les inquiétudes légitimes des journalistes", le rapport qui cite en exemple une affaire qui vient ces derniers jours encore d'alimenter la chronique, celle de la vente des Echos par Pearson au groupe LVMH: "Les inquiétudes exprimées par les 220 journalistes des Echos à l'occasion du rachat du titre par M. Bernard Arnault illustrent le désarroi d'une profession précarisée qui lutte pour conserver une indépendance mise à mal par des pressions de plus en plus nombreuses."

    Par delà ce cas d'actualité, les sénateurs identifient la précarité de l'emploi dans des groupes de presse soumis à des difficultés économiques où souvent - mais pas eux seuls disons-le quand même - les effectifs de la rédaction servent de "variables d'ajustement" dans des plans de reprise en main. Ce qui entraine aussi des réorganisations au sein des rédactions dont on ne peut, a priori, penser qu'elles sont nécessairement synonymes d'amélioration de la qualité et de l'offre rédactionnelle et des conditions d'exercice du métier. Même si, l'adaptation aux nouveaux modes de communication et aux nouveaux supports peut elle aussi nécessiter des réorganisations - même à effectif constant - qui ne sont pas toujours saluées avec enthousiasme par les rédactions de la presse écrite...

    LA PRESSION ECONOMIQUE ET POLITIQUE 

    La pression économique peut aussi devenir une pression politique comme l'ont démontré quelques exemples ces derniers temps où la censure d'une direction suite à l'intervention d'un actionnaire lui-même ami proche d'un politique ont donné au journaliste le statut de... victime.

    Cela dit, restons juste avec tout le monde. Les journalistes ne sont ni de vertueux professionnels ne pactisant jamais avec le pouvoir, ni d'affreux vendus attendant les consignes d'un patron inféodé à un pouvoir économique et/ou politique.

    LE PUBLIC JUGE ULTIME 

    Finalement, ici comme ailleurs, c'est le client qui est roi. Et si les journaux sont moins lus et moins vendus, c'est que l'ensemble d'une profession - médias et journalistes confondus - ne leur propose certainement plus une offre adaptée à leurs attentes.

     

     

     

     

     

  • Le Sénat se penche sur l'avenir de la presse: 4) Comment aborder l'ère numérique?

    "Favoriser l'entrée des quotidiens dasn l'univers numérique", c'est l'une des six recommandations soulignées par le rapport du Sénat sur la presse quotidienne d'information.

    Une problématique d'abord: comment faire évoluer la culture des médias imprimés et des éditeurs de papier vers un support où le lectorat devient audience et où l'acte d'achat est remplacé très souvent par la consommation gratuite du média? Un enjeu ensuite: comment face à cette déferlante des nouveaux médias reconquérir de nouveaux espaces de développement de sa marque, en élargissant son audience, mais aussi en valorisant son savoir-faire et son potentiel à proposer de la valeur ajoutée à l'information?
    Que dit le rapport sur cette question? Il avance deux pistes:

    • "Il faut favoriser la naissance de groupes plurimédias par l'ajustement des règles anti-concentration." Préconisation qui vaut évidemment pour la presse nationale qui pourrait s'inspirer des grands groupes de presse nationales à l'étranger qui cumulent les titres papier, les chaînes de télévision, les radios et les sites internet. Autrement dit assouplir la loi, en dépit du rapport Lancelot; la PQN pourrait s'inspirer de ce qui se passe actuellement chez sa cousine la PQR (presse quotidienne régionale) où se mettent en place quelques grands groupes géographiques: l'ouest avec Ouest-France, le Sud/ Sud-Ouest avec Sud Ouest, La Dépeche et Midi Libre, le sud avec le groupe Hersant Média qui vient de racheter à Lagardère Nice Matin et la Provence, sans oublier La Montagne et Centre-France, et dans l'Est le groupe EBRA (Est-Bourgogne-Rhône-Alpes) constitué du groupe Est Républicain (Est républicain, Liberté de l'Est, Dernières Nouvelles d'Alsace), du Progrès à Lyon, du Dauphiné Libéré, du Bien Public de Dijon... et dont l'actionnaire encore minoritaire à ce jour (le Crédit Mutuel) possède déjà majoritairement L'Alsace-Le Pays et le Républicain Lorrain.
    • "Il est indispensable de garantir l'utilisation des contenus sur les différents supports de diffusion en laissant à l'éditeur, pour une durée limitée, la liberté d'organiser l'exploitation multisupport d'un même article". En cela les sénateurs rejoignent le rapport de Marc Tessier.

    PROCHAIN POST SUR CE RAPPORT: le statut des journalistes

  • Le Sénat se penche sur l'avenir de la presse: 3) Et les jeunes dans tout ça?

    SENSIBILISER LES JEUNES GENERATIONS

    Parmi les six axes proposés par le rapport du Sénat devant aider la presse d'information générale à sortir de la crise, celui qui concerne la promotion des titres auprès des jeunes publics n'est pas la moins symbolique.

    Que suggèrent comme pistes de travail, les sages sénateurs?

    • "garantir l'accès aux journaux quotidiens aux collégiens". "Dans le droit fil des propositions du rapport Spitz, la commission suggère aux éditeurs de garantir le libre accès de leurs quotidiens aux classes de collège à des fins pédagogiques. Ce libre accès, pour un montant annuel limité, pourrait se matérialiser sous la forme d'exemplaires papier adressés. L'État prendrait en charge les frais de transport des quotidiens mis à disposition gracieusement par les éditeurs. Après évaluation, le montant forfaitaire attribué à chaque classe pourrait être revu à la hausse, notamment pour les lycées, via un financement complémentaire du ministère de l'éducation nationale et/ou des régions.
    • "un abonnement individuel financé pour chaque élève entrant en seconde". "L'Etat prendrait en charge une partie des frais postaux, les exemplaires concernés étant inclus dans la catégorie « France payés » de l'OJD."
    • "faciliter l'installation de points de vente dans les lycées". "L'introduction de cette mesure pourrait être progressive et faire l'objet, dans un premier temps, d'une expérimentation dans un nombre limité d'établissements volontaires."

     

  • Le rapport du Sénat sur la presse: les remèdes

    Que préconisent les sages du Palais du Luxembourg pour sortir la presse du marasme dans lequel ils l'ont trouvée?

    Six axes de réforme apparaissent dans le document, comme autant d'injonctions à relever le défi?

    "RENCONTRER LE LECTEUR"

    La recette du succès des gratuits, c'est d'abord qu'ils vont vers le lecteur (gares, métro, lieux publics... ), de manière massive. Quand vous arrivez par exemple à la gare de Lille Flandres le matin, à la sortie, des escouades d'étudiants habillés en orange (Lille Plus), en vert (Métro) ou en bleu (20 minutes) vous inondent de journaux gratuits. A chaque sortie de métro, c'est pareil. Difficile de rater son lecteur dans ses conditions...

    On comprend à travers cette anecdote que la meilleure presse du monde si elle n'arrive pas entre les mains des lecteurs relève de la vaine entreprise. La presse quotidienne d'information générale, payante évidemment, doit donc s'interroger sur cet accessibilité de son offre. Les leviers de la diffusion ne règleront pas tout, mais l'augmentation des points de vente a toujours eu un effet positif sur ces dites ventes. Et la disparition de lieux de diffusion, par voie de conséquence logique, un effet négatif. Un travail a été entamé par les NMPP sur ce sujet pour recréer de nouveaux points de vente. Mais le chemin à parcourir est encore long si l'on se réfère à d'autres pays. On se souvient que la version française de Bild a été abandonnée car ses promoteurs ne pouvaient appuyer leur business plan sur un réseau de diffusion suffisant en France!

    La difficulté étant aussi de stimuler les diffuseurs noyés sous les publications et les rayons surchargés d'une foultitude de titres qui finissent en invendus et de leur garantir une rémunération incitative...

    "FIDELISER LE LECTEUR"

    C'est évidemment le rêve de tout éditeur. Après le passage à l'acte d'achat en kiosque, une fois, puis plusieurs fois, puis régulièrement, la gradation du plaisir d'acheter devrait culminer dans l'intérêt de s'abonner à un journal quotidien qu'on reçoit chez soi. De ce point de vue, le portage à domicile apparaît comme l'indispensable service pouvant consolider ce besoin quotidien. Certains journaux de presse quotidienne régionale (L'Alsace et les Dernières Nouvelles d'Alsace par exemple dans l'Est avec près de 80 % d'abonnés "portés") ont bénéficié de cette formule pour disposer durant des décennies d'un tapis de lecteurs fidèles allant jusqu'à payer leur abonnement à l'année. Un confort sous forme de rente de situation qui a longtemps eu l'effet pervers de laisser la PQR dans une certaine immobilité payée aujourd'hui au prix fort lorsque ces titres ne réagissent pas à l'érosion continue de leur lectorat en renouvelant leur offre et leur approche du marché.

    "SEDUIRE LE LECTEUR"

    Evidemment, l'offre éditoriale pèse dans l'intérêt de lecture, et peut-être d'achat, du lecteur-consommateur d'information. Encore plus dans un monde où les moyens de communication rendent l'information brute disponible instantannément et souvent gratuitement Cette réflexion sur le contenu éditorial doit aujourd'hui s'enrichir d'une approche beaucoup plus marketée du lectorat. Etudes qualitatives, panel de lecteurs, voire news groups, permettent aux rédactions en chef de disposer de nouveaux outils de pilotage éditorial. Mais la révolution culturelle que constitue l'irruption du marketing dans l'éditorial n'est pas acceptée par tous les journalistes, toujours prompts à croire que leur légimité est intrinsèque et supérieure à celle du lecteur-acheteur...

    La mesure d'audience constitue à cet égard un autre levier potentiel pour les éditeurs dans l'ajustement de l'offre à la demande. Le Sénat préconise de créer un outil médiamétrie spécifique à la presse. L'OJD annuel étant un instrument de mesure beaucoup trop lourd et rare pour apprécier au jour le jour la réactivité d'un marché et la sanction des lecteurs face aux contenus proposés.

    Tout cela résonne là encore comme une remise en question des certitudes des professionnels de la profession, décriés dans le rapport et invités à renouveller leur posture éditotoriale "afin de rompre avec l'élitisme, le catastrophisme, la partialité, voire l'impersonnalité trop souvent reprochée aux quotidiens français" (sic).

    PROCHAIN POST: comment sensibiliser les jeunes générations pour en faire de futurs lecteurs?

     

     

     

     

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